![]() Visite du Conservatoire d'anatomie en 2017 |
![]() Visite du Conservatoire d'anatomie en 2018 |
18 octobre 2017
Les élèves de latin de seconde traduisent cette année une page des Planches anatomiques de Bartholomé Eustache, savant italien du XVIe siècle, médecin et anatomiste.
L'ouvrage, écrit en latin, n'a encore jamais été traduit. Sur la proposition de la faculté de Brest, plusieurs lycées de France, dont le lycée Jean-Moulin de Pézenas, ont accepté de se partager le travail de traduction, à raison d'une page par an pendant trois ans.
Cette année, nos latinistes traduiront donc la planche qui décrit le cœur et les poumons, et leurs connexions veineuses. Pour les aider à comprendre leur sujet, leurs professeurs de SVT, Mme Sospedra et M. Reyné, les ont conviés à une visite des salles d'anatomie de la faculté de médecine de Montpellier, où ils ont appris l'histoire de l'anatomie et de la compréhension du corps humain.
Les latisnistes devant l'entrée du conservatoire d'anatomie
Ils connaissent désormais tout des méthodes de conservation, du respect dû au corps humain (même dans une salle de dissection ou dans un musée qui expose des restes humains), des maladies et des malformations qui affectent l'apparence du corps.
Dans une salle semblable à un temple, les élèves ont pu remonter le temps dans l'histoire de la médecine. Crânes, squelettes, organes, instruments de chirurgie, moulages, "monstres" (1) conservés dans le formol : les salles n'en finissaient pas de révéler leurs trésors ! Mais rien n'a échappé à nos visiteurs, grâce au regard averti de leur guide, Mme Pinail, régisseuse des collections de la faculté. Enrichies, dans l'ancien temps, par chaque étudiant, qui était tenu de rapporter une pièce, les salles d'anatomie regroupent désormais d'incroyables collections humaines et animales (environ 6500 pièces). La photo ci-dessous, publiée par la faculté de médecine donne une vue d'ensemble du conservatoire.
https://www.umontpellier.fr/musee-danatomie-fac-de-medecine-montpellier-mai-2016-8
Il ne reste plus à nos élèves qu'à passer à la pratique : prochaine étape avant la traduction, la dissection du bloc cœur-poumon, avec l'aide précieuse de leurs professeurs de SVT !
(1) Le terme, emprunté directement au latin "monstrum" : prodige, désigne les créatures humaines atteintes de graves malformations.
11 octobre 2018
Avant même de pénétrer dans la faculté de médecine de Montpellier, nous sommes impressionnés : le bâtiment, immense, s’impose à nous dans toute sa splendeur et sa majesté. Et pour cause : avant de devenir une faculté, il fut un ancien palais épiscopal, la demeure de l’évêque de Montpellier.
Les latisnistes à côté de la statue de Lapeyronie
Deux statues de grands savants du XVIIIe siècle en gardent l’entrée : celle de Lapeyronie, chirurgien du roi, et celle de Barthez, médecin des grands de France : tous deux sont nés et ont enseigné la médecine à Montpellier, la plus ancienne faculté de médecine au monde encore en exercice, qui avait le privilège de réunir et de former les plus grands médecins depuis le XIIe siècle !
Ces deux statues représentent aussi les deux disciplines enseignées au sein de la faculté, la médecine et la chirurgie.
Nous pénétrons maintenant dans les bâtiments : tout d’abord, la Salle des Actes, majestueuse. Elle rend hommage à tous les hommes qui ont marqué l’histoire de la médecine et qui, pour beaucoup, ont enseigné ici : leurs bustes et leurs portraits (en tout, près d’une centaine d’œuvres, sculptures et peintures) ornent les murs de la salle. Aujourd’hui encore, la Salle des Actes accueille les étudiants qui viennent soutenir leur thèse : revêtus d’une toge rouge, ils doivent d’abord prêter le serment d’Hippocrate, qui les consacrera comme médecins. Organiser la cérémonie dans cette salle leur rappelle qu’ils entrent dans la grande lignée des médecins, ces hommes dévoués au savoir et au soin depuis le Ve s. av. J.-C. Puis la thèse sera soutenue publiquement, devant les professeurs, la famille, et le regard des plus grands spécialistes comme public. Cela donne des frissons !
D’autres pièces, non rénovées, conservent encore tout leur cachet ancien, jusqu’aux meubles, qui sont d’époque. C’est le cas du Conservatoire d’anatomie, la raison de notre venue ici, mais que vous ne verrez pas en photo : comme on y expose des restes humains, il est interdit, par respect pour les morts, de photographier.
Le Conservatoire d'anatomie est une sorte de musée, rempli de grandes et larges vitrines et d’armoires qui montent jusqu’au plafond. Il est d’un genre tout particulier, puisqu’on y expose près de 5000 « objets » qui ont tous trait à l’anatomie et sont classés par sujets. La collection de la faculté est en réalité bien plus vaste puisqu’elle regroupe 13000 objets et s’enrichit chaque année. Mais ne sont exposées que les pièces les plus intéressantes.
Certaines expliquent l’anatomie comparée, c’est-à-dire les ressemblances et différences visibles entre l’anatomie humaine et l’anatomie animale : car c’est souvent en étudiant le corps des animaux que les médecins ont pu progresser dans leur connaissance du corps humain. Un gorille, créé par un étudiant en médecine, permet d’étudier l’anatomie d’un grand singe : entièrement fait de pièces détachables en papier mâché, il se déboîte pour donner à voir l’intérieur du corps. Les créations de cet ancien étudiant (car il a réalisé de nombreux objets) sont aujourd’hui célèbres dans le monde entier.
D’autres vitrines exposent toutes les bizarreries du corps humain : déformations, anomalies, tout ce que l’on regroupe sous le terme de « tératologie » (étude du monstrueux). Ici, c’est un bébé rouge qui est conservé dans du formol : aucun chercheur n’a encore pu expliquer pourquoi il était né ainsi. Là, ce sont les frères Y, des siamois qui vivaient deux vies dans un seul corps. Là encore des peaux d’hommes séchées, évoquant le processus de momification des anciens Egyptiens. Ou encore des moulages reproduisant l’impact des éclats d’obus sur les « Gueules Cassées » de la première guerre mondiale ; ou même les conséquences des IST sur les malades, et toute une série de reproductions des maladies de peau. Il est même possible de voir tous les outils utilisés par les médecins au fil des siècles, et bien souvent, ils ne donnent pas envie d’être malades, car ils ressemblent plus à des instruments de torture !
Ailleurs c’est toute une collection de crânes qui est rassemblée, provenant de toutes les régions du monde, sans doute pour étudier les propriétés des hommes sous toutes les latitudes à une époque où l’on tente de vérifier l’unicité de l’espèce humaine.
Plus loin, des écorchés de cire nous révèlent l’intérieur du corps humain : pendant très longtemps, l’Eglise a interdit les dissections, et Montpellier faisait exception, qui avait le droit de pratiquer une anatomie une fois par an. Le reste de l’année, on travaillait sur des moulages pour comprendre le fonctionnement des membres et des organes. Un passionné de médecine a même inventé une sorte d’attraction de foire, intitulée "De Vénus à Mercure", qui proposait aux visiteurs un parcours dans le corps humain : attirés par le spectacle d’une belle Vénus endormie (en cire), les visiteurs étaient en réalité sensibilisés, au cours du parcours obligatoire, sur les conséquences des maladies sexuellement transmissibles : le « Mercure » était en effet le seul médicament connu (et inefficace) contre les IST ! Autant dire que nous n’avons pas besoin de cela : nous avons déjà l’impression d’être en plein musée des horreurs !